John

 

24 Août 2017

 

Un appartement d’un vieil immeuble au cœur de Paris. 4ème étage,  un de ces vieux immeubles avec un escalier de secours donnant sur l’une des fenêtres. Sur la façade ouest surplombant une rue étroite, se trouve une pièce éclairée par des lumières crues.

La première provenant d’un téléviseur allumé, le son mis en sourdine remplissant le vide de cette pièce minable. Dos à la télévision, un homme les mains pianotant sur un clavier d’ordinateur, une deuxième lumière éclairant le visage d’un homme vieilli avant l’âge, usé jusqu’à la corde, une légère cicatrice courant le long de sa mâchoire droite, des cernes d’un gris terne, encadrant des yeux hagards, cendres recouvrant le feu d’une intelligence vive brillant par intermittence entre les paupières entrouvertes.

Son coude droit prend appuie sur la télécommande et met le son de la télé plein pot. De surprise il fait tomber l’objet qui s’éclate sur le sol.

« … et je peux vous assurer, mes chers concitoyens, que ce référendum ne pourrait être d’une plus grande importance. Et c’est le cœur lourd, mais l’esprit déterminé que je vous invite à venir vous exprimer sur l’avenir de notre nation le samedi 26 Septembre 2017.

Voilà il s’agissait de l’intervention faite par le Président de la République en début de soirée à propos de … »

Il parvient enfin à éteindre le poste, le laissant dans une semi obscurité inquiétante et réconfortante à la fois. Il se rassoie sur sa chaise pour faire face à son ordinateur.

 

L’écran clignote…encore ! Maudit appareil, jamais en état de marche lorsque l’on a besoin de lui.

Ah ! Qu’importe, de toute façon tapoter sur son clavier en attendant de trouver la solution à son problème ne fait que retarder l’inévitable : il n’y a absolument rien à faire, rien à écrire, ni même à commenter, même le plus vulgaire des pigistes aurait une petite ligne à rédiger : le mariage d’un pompier célèbre, les lettres perdues par les services postaux retrouvés trente ans après…. rien  ! Chienne de vie !

 

Dieu que c’est pathétique ! Passer son temps à rêver de pouvoir faire une chose merveilleuse, utile, et peut-être même un brin dangereuse… Mais non le voilà coincé là entre ce morceau de bois qu’est son bureau et cette chaise en plastique posée sur trois roues branlantes, vacillant lentement au rythme de ses va-et-vient devant ce fichu écran d’ordinateur qui  n’a de cesse que de clignoter aux moments les plus inopportuns  !

Donnant un énième coup du plat de la main sur une des arrêtes de ce stupide objet, son œil capte une ombre passant le long de l’escalier de secours derrière le carreau se trouvant de l’autre côté de l’unique pièce miteuse composant son habitation.

 

Il se lève de sa démarche pesante induite par le mauvais whisky, et se dirige péniblement vers la fenêtre pensant attraper en flagrant délit le vieux chat du voisin venu pisser dans ses plants de basiliques qui ont depuis longtemps succombé aux assauts répétés de cet immonde animal couvert de puce  !

 

«  Si je te choppe cette fois saloperie tu vas en baver !

 

Se dirigeant furtivement vers la fenêtre, ou du moins adoptant une attitude qui lui semble furtive mais qu’un enfant de 7 ans mimant son père alcoolique rentrant le soir n’aurait eu de mal à adopter, il se place d’un côté de la fenêtre, se prépare tels les membres des forces spéciales qu’il a eu l’occasion jadis de voir à l’œuvre, à donner l’assaut.

Il se saisit du montant de la fenêtre, le rabat avec une vigueur leste digne des plus grands piliers de comptoir et tend le bras par-dessus le rebord afin de capturer ce maudit animal, sa Némésis, un combat épique en somme  !

Il pose alors la main sur une chose sèche et humide à la fois :

 

«  Le fumier, il a encore réussi à lui pisser dessus et à se barrer !  »

 

Essuyant avec élégance sa main sur le rebord de la fenêtre, main qui sent maintenant l’urine de chat basiliquée, il relève la tête pour humer l’air nocturne et le parfum de la ville. Dieu qu’il déteste cet endroit !

 

Vingt années de sa vie passée à commenter, observer et s’infiltrer sur tous les plus grand fronts, et le voilà maintenant réduit à chasser des chats en attendant de pouvoir pondre une saleté d’article sur Dieu sait quel événement grotesque ! La plus grande pizza du quartier, la plus étonnante pipe en bois de la ville, un steak de 5 kilo mangé par Dieu sait quel gras du bide en moins de vingt minutes ! Quelles conneries …