De l’autre côté de la vitre on assistait à un tout autre show.

 

«Vise moi ce malade, à regarder dans le vide et sourire comme un taré! Qu’est ce qu’on attend pour l’expédier en taule hein ?! »

 

« Je veux des aveux, des aveux complets, il y a trop de zones d’ombres, On ne sait pas ce qu’il s’est passé … »

 

« Mais enfin Williams ! Bien sûr qu’on le sait, ce malade l’a enlevé, probablement drogué, et puis le reste on l’a bien vu ! Le légiste t’a donné un premier avis, tu crois pas que ça suffit ?! Et puis le capitaine veut que l’affaire soit rapidement bouclée ! »

 

Toujours la même salle d’interrogatoire, toujours le même inspecteur face à lui. Des séances fastidieuses d’échanges stériles. L’un persuadé de la culpabilité de l’autre, l’autre ne sachant que répondre, ne pouvant répondre de ses agissements.

 

« Je vous l’ai dit Lieutenant ! Ce soir là je me trouvais chez moi, je travaillais sur mon ordinateur. Je ne suis sorti que pour m’acheter du matériel de travail, le reste impossible de m’en souvenir. »

 

« Quelle heure était-il ? »

 

« Deux heure, trois heure du matin.. »

 

 » Quel genre de matériel un journaliste à la retraite peut-il bien aller acheter à trois heure du matin? Lorsque nous vous avons arrêté hier matin, vous n’étiez visiblement pas sobre. Vous étiez à peine capable d’articuler deux mots ! Les résultats d’analyse sanguine ont révélé un taux d’alcool digne du guiness book ! En plus de cela vous êtes incapable de mentionner le nom d’un témoin qui puisse attester de votre présence ! »

 

« Mais bordel ! Je me trouvais à l’épicerie de nuit, demandez au gérant !  »

 

« L’épicerie de nuit hein ? Vous nous l’avez déjà mentionnée, nous avons vérifié, cela fait deux mois qu’elle est fermée ! Et le gérant a déménagé il y a des semaines ! »

 

« C’est impossible, je ne comprends pas … »

 

« Hé bien je vais éclairer votre lanterne. Vous étiez seul chez vous, enivré comme à votre habitude, ce que vos voisins nous ont confirmé. »

 

Les mains du Lieutenant ouvrirent un dossier posé devant lui et commencèrent à étaler des photos de la victime avec une lenteur hypnotique. Comme dans un cauchemar, John, impuissant assistait à cet étalage obscène de chair humaine torturée.

 

« Ensuite … L’explication est très simple, vous avez repéré une femme que vous pensiez être une prostitué. A la seconde où vous vous êtes rendu compte qu’elle était flic vous avez paniqué ! Vous l’avez menacé, certainement à l’aide de l’arme que l’on a retrouvé chez vous dans votre salle de bain, et sur laquelle nous avons retrouvé vos empreintes. »

 

Ses mains continuaient d’étaler des photos, celles de son appartement et des pièces à conviction, sur chacune d’elle on pouvait voir ces panneaux jaunes criard sur lesquels se trouvent inscrit des numéros. Le regard de John s’égara dans la contemplation d’un 7 noir comme la nuit et du fond de sa torpeur il se prit à former la pensée incongrue que ces panneaux ressemblaient fortement à ceux que l’on peut voir dans les séries télé.

 

« Dans votre esprit malade, vous avez eu l’idée géniale de l’emmener de force à votre domicile. C’est vrai, trois heure du mat’, un immeuble minable dans un quartier minable, un lieu où chacun mène sa petite vie sans se préoccuper de ce qu’il se passe chez le voisin … Vous l’avez drogué, ligoté, puis vous avez abusez d’elle à plusieurs reprise. Un plan superbe ! Sauf que vous n’aviez pas prévu une chose. »

 

L’inspecteur reprit l’étalage des photos de la victime, comme un artiste qui exposerait ses œuvres, il s’arrêta sur la l’image d’un crâne défoncé.

A la vu de cette image, John ne pu retenir un haut-le-cœur, sa transpiration se fit plus abondante. Ses trait exsangues, ses cernes noires, la pâleur de son visage s’accentuèrent encore. Pris de nausée, le cœur au bord des lèvres, deux larmes roulèrent du coin de ses yeux, il ferma les paupières.

 

« Je n’ai pas … Ce n’est pas moi qui ai… »

 

« Vous n’aviez pas prévu une chose, reprit le Lieutenant Williams d’une voix plus forte et pourtant de laquelle ne sourdait pas la moindre émotion. Vous n’aviez pas prévu que le Lieutenant Monnegan lutterait, vous pensiez que la contrainte d’une arme suffirait à la réduire à votre merci. Seulement, elle a lutté pour sa vie, lutté de toute les forces qui lui restait, elle vous a frappé à plusieurs reprises, et finalement vous lui avez ôté la vie en lui défonçant le crâne d’un coup de crosse de votre revolver. Vous ne vouliez pas attiré l’attention par un coup de feu, cependant les bruits de lutte ont alerté les voisins !  »

 

Cette longue tirade semblait avoir épuisé les réserves de calme du Lieutenant Williams, toute trace d’humanité s’était retiré de son visage.

 

Si nous étions seul en cet instant je crois qu’il me ferait la peau, si cet homme n’était pas officier de police, chargé de faire respecter la justice, il m’arracherait les membres uns à uns.

 

Ce dernier se leva lentement, semblant par ce geste regagner peu à peu son calme:

 

« Je vais vous laisser du temps pour songer à tout ça, réfléchissez bien, parce que vous allez droit à la peine de mort. »

 

Il ramassa les photos étalées sur la table et serrant les poings il sorti de la salle d’interrogatoire en fermant doucement la porte derrière lui.

John Moringer, ex-reporter, homme brisé, se retrouva seul dans une salle sombre et lugubre.

 

Le visage face à la table grise de la salle d’interrogatoire, John était perdu, il ne comprenait pas ce qui avait pu se passer. Son visage tuméfié lui faisait un mal de chien, sa tête semblait sur le point de rompre à chaque battement de cœur. Son cerveau qui d’habitude était si vif et efficace semblait l’avoir lâchement abandonné. Il battait la campagne en quête d’un endroit paisible où terminer sa carrière. John se surpris à penser à cette maison au milieu d’un champs qu’il avait voulu acquérir autrefois, en des temps plus doux.

 

Il se souvint du bonheur qu’il avait ressenti à la pensée qu’un jour, dans ce champs envahit d’herbe folle, ses enfants et ses petits enfants pourraient courir, insouciants. John ressentit sur sa peau l’écho lointain du soleil estival qui lui avait caressé le visage. Ses lèvres tracèrent un sourire dans les décombres de sa physionomie mais la douleur se chargea bien vite de le rappeler à la réalité. Il releva la tête pour se trouver de nouveau dans la pénombre de cette salle lugubre où se trouvait face à lui une vitre sans tain. Il adressa un regard implorant aux hommes silencieux et sans visage qui se trouvaient de l’autre côté. Des larmes glissèrent de ses pommettes jusque dans les sillons que la vie avait tracé sur ses joues et finirent leur course salée dans les plaies qu’une porte avait tracé sur son menton et sa bouche, soignées à la va-vite par un médecin de garde.