Permettez que je m’exprime aujourd’hui sur un domaine qui me tient à cœur : l’éducation.

On le sait, ou en tout cas on devrait le savoir, le marché scolaire est un marché extrêmement juteux, un fruit bien sucré et délicieux qu’il tarde à de nombreuses personnes pas toujours bien intentionnées de croquer.

A l’heure actuelle les éditeurs de manuels se font chaque année un joli paquet d’argent à chaque vague de changement de paradigmes éducatifs et programmatiques. En clair, on change les programmes, on change les manuels, on fait donc tourner les imprimeries et la pompe à fric. Bien entendu cet argent se fait sur le dos du budget de l’Etat mais également sur celui des parents.

Dans la grande majorité des cas, mis à part susciter quelques polémiques dans les milieux spécialisés et chez les quelques journaliste d’éducation, ces changements d’axiomes didactiques ne provoquent pas des tollés et des levés de bouclier tonitruants. Pourtant lorsque l’on y réfléchit peut-être cela devrait-il être le cas.

Cette année l’éditeur Nathan, qui régulièrement fait appel à des enseignants pour proposer des exercices et activités pédagogiques a trouvé le moyen de faire paraître dans les pages d’un manuel de mathématiques pour les terminales ES et L un superbe condensé d’horreur et d’écœurement. Ajoutant le cynisme au profit.

 

nathan

 

On peut tout d’abord se demander dans quel esprit malsain a pu naître une telle idée. Utiliser une image de réfugiés, en danger de mort, à des fins pédagogiques. Peut-être n’aurions-nous pas été choqué de voir cette photographie dans un manuel de géographie qui se serait penché sur la question des flux migratoires dans le bassin méditerranéen.

Néanmoins cet exercice-ci, car il s’agit d’un exercice de mathématiques, nous propose de quantifier la somme croissante de « migrants » arrivant sur nos côtes à la manière dont on aurait quantifier la vitesse de remplissage d’une baignoire, ou le nombre de bonbons dont le petit Paul aurait rempli ses poches au cours de la journée.

Imaginons la scène : voilà donc une classe de terminale littéraire mis face à cet exercice où l’on leur demande tranquillement de calculer froidement l’accumulation, comme si on parlait d’un tas de boue devant la porte, d’êtres humains.

Voici donc l’outil dont on se dote pour permettre aux jeunes générations d’être capable d’effectuer des calculs, calculs qui impliquent des êtres humains.

On peut effectivement incriminer Les Editions Nathan pour cela, ce qui serait à dire vrai absolument légitime, on pourrait également se questionner sur l’état d’esprit de l’enseignant.e qui a songé à cet exercice. Mais finalement la question la plus importante qu’il faut se poser est l’ambiance dans laquelle nous nous trouvons et qui pousse des cerveaux doués d’intelligence et probablement d’empathie à proposer une telle situation avec autant de froideur.

Ce problème, nous met en définitive face à une manière sociétale de considérer l’autre, l’être humain en danger de mort, celui perdu en mer et qui cherche un refuge sur des terres plus paisibles.

Que nous soyons capable d’amener à quantifier ainsi une somme d’êtres humains comme l’on pèserait du riz en vrac soulève un plus grand problème encore que le simple fait qu’il apparaisse dans un manuel scolaire.

Parce que l’école n’est finalement que le reflet de la société dont on se dote et elle en est aussi la perpétuation.